Les fondamentaux de la résilience : Réinventer le lien social de confiance

I- La résilience une valeur sociale commune,
La résilience, c’est la capacité de se remettre sur pieds, d’assurer la pérennité d’un organisme ou d’une société, de se préserver, de se maintenir de résister aux chocs et perturbations internes et externes dans un environnement incertain et volatil. La résilience est la capacité d’un système à se doter de mécanismes auto-conservateurs, autorégulateurs, d’auto-organisation et de rééquilibrage pour s’accommoder de tous les aléas et imprévus. La résilience devrait aussi s’entendre de cette aptitude à se rétablir, à faire face aux ruptures et à retourner vers l’État d’équilibre.
Les mécanismes de résilience doivent faire partie intégrante de nos stratégies de développement, de la mécanique d’évolution, pour se déclencher automatiquement en cas de choc ou rupture, de dysfonctionnements ou de crises. La crise de 1929 en est le parfait exemple, elle s’est déclenchée, en remettant en cause les mécanismes de rétroaction qui s’autoproclamaient postulats de base, et qui pourtant n’avaient pas fonctionné voire ont été incapables de ramener le système vers l’État d’équilibre.
La question est de savoir comment mesurer le degré de résilience d’une organisation, d’un pays. Quels en sont les piliers fondamentaux.
II- Les leviers et facteurs de de la résilience
Les leviers et facteurs de la résilience couvrent plusieurs aspects, nous pouvons toutefois les présenter comme suit :
- Un premier levier, moteur de notre intellect, est celui d’éviter de tomber dans les pièges des biais cognitifs, tel faire abstraction de la certitude de la survenue de chocs inhérents même à la dynamique de l’évolution de n’importe quel système, ou d’idéaliser le passé, ou tomber dans la fatalité et ne pas y croire, se dénuer de tout optimisme, ingrédient principal de la résilience.
- Un second levier fondamental de la résilience, moteur de notre bonne conscience ; est celui de s’armer d’optimisme, de rigueur, de discipline de confiance en soi, d’audace, et d’éviter de tomber dans le piège du déni d’un aléa préjudiciable et irréversible, mais représentant un point d’inflexion, pour un nouveau départ, un rebondissement, un décollage pour aller de l’avant, voire en faire un tremplin
- Un troisième levier est la capacité à disposer des outils et compétences techniques et pédagogiques devant nous permettre d’utiliser cette force négative extérieure, qui s’abat sur nous, tels les conflits les différences pour renforcer vos convictions , et les convertir en facteurs de solidarité et de cohésion sociale. L’apprentissage ; des processus de production de la solidarité devrait nous doter de cette capacité de conversion et de recréation.
- Affronter tous les risques sous-jacents à l’exercice de votre activité, telle la concurrence déloyale, pour en faire des atouts, destinés à nous permettre de progresser, est un autre un levier voire un facteur essentiel de la résilience.
- Forger l’intellect sur fond d’argumentaires de résistance, afin d’éviter le biais de dissonance cognitive traduisant le déni d’une situation qui s’impose et expliquant notamment la réticence au changement, est aussi un autre facteur de résilience, tout comme ;
- développer un nouveau modèle de gouvernance moins lourd et plus souple, plus participatif, et fondé sur la confiance
- Réinventer le lien micro-culturel social, et s’imposer de nouveaux rapports bâtis sur le dialogue et la confiance. Instaurer l’esprit d’équipe, matrice-socio dynamique, réinterpréter cette nouvelle réalité, se reconstruire en instaurant de nouvelles normes, valeurs, se réinventer, est un levier aussi important que crucial
Et pour terminer disons que la résilience est de s’affranchir de cette hésitation à s’imposer comme un bien commun un composant fondamental du capital social, d’un système de valeurs, en évolution permanente et en perpétuelle construction.
III- Vers un nouveau système de valeurs
Les synergies existant au sein d’un système, sa propre dynamique, sont génératrices de chocs internes endogènes qui échappent aux “patterns” de gouvernance. Les microstructures devraient se doter de structures décentralisées dont l’articulation à l’environnement doit être harmonieuse². Dans un écosystème en perpétuel mouvement, les normes, principes règles sociales et valeurs changent, pour définir une nouvelle échelle d’adhésions sociales, et une autre configuration, émerge représentant une autre forme d’ordre social. Les ruptures, les chocs, les crises sont les occasions pour la remise en cause règles de conduite faisant office de constantes dans leur ancrage à l’environnement et assurant les grands équilibres, garants de paix et cohésion sociales.
Les mécanismes autorégulateurs, commandent une série d’ajustement dans les systèmes touchés par les ruptures, de tâtonnement jusqu’à ce qu’un nouveau point de convergence soit atteint qui assurent la résilience, ils sont de deux types. Nous retrouvons les mécanismes spécifiques inhérents même au système vont entraîner des effets de rétroaction susceptibles de corriger les effets du choc initial, les mécanismes régulateurs seront activés pour engendrer des effets correctifs. C’est l’opposition entre les automatismes organiques de l’école classique aux mécanismes régulateurs stipulés par la théorie Keynésienne qui exigent l’interventionnisme au travers la mise en place de ces mécanismes susceptibles de contenir l’économie dans l’État d’équilibre. Les chocs les grandes ruptures doivent se traduire par le déclenchement automatique de ces mécanismes mis en place. Les structures économiques, les modes de gouvernance des entreprises doivent mettre en place ces mécanismes régulateurs
Les ruptures de quelles que nature qu’elles soient, entraînent d’une part une transformation des valeurs, puisque celles-ci sont le résultat cumulatif de choix renforcés par l’habitude et d’autre part un changement des grandes orientations devant modifier les routines dans les opérations.
Avec la crise pandémique la référence aux conventions et aux valeurs fondant les dispositifs de résilience, apparaît comme un résultat sans appel. L’esprit communautaire d’entraide, de solidarité de confiance, a en effet été érodé, au profit de l’esprit calculateur, rationnel, et les règles de maximisation, où la foi dans les règles et mécanismes de marché faisait école. L’individualisme économique, avec la prétention de garantir l’optimalité, et la pérennité, avait depuis des décennies régné comme valeur sure d’une organisation sociale, de l’économie de marché, et des mécanismes de la société. Sous l’impulsion des effets dévastateurs de la crise pandémique, l’individualisme qui a fait abstraction des valeurs humaines dont la confiance, a été remis en cause et reconsidéré.
L’économie traditionnelle s’ancrait fermement dans les relations de confiance, d’entraide, et dans des valeurs sociales se confondant avec les valeurs morales et humaines. L’économie traditionnelle se caractérisait par l’adhésion volontaire aux normes, et peut ainsi se prévaloir d’un capital social, d’un arsenal de relations bien encastré dans divers réseaux de réciprocité organisée et de solidarité, d’entraide, de confiance, dans une ensemble de valeurs morales , constituant ainsi un bien commun , un bien public un bien public. L’ordre social dont un principal composant le capital social de confiance, ce dernier devenant un bien public dans des sociétés modernes lorsque l’ensemble des valeurs sociales et humaines sont institutionnalisées marquant ainsi le caractère exigible d’y adhérer pour les membres de la communauté, et s’élevant au statut d’ordre institutionnel.
Sur le plan de la réflexion, la crise pandémique marquait la revanche de Colbert par rapport à Smith et de l’économie traditionnelle d’entraide par rapport par rapport au taylorisme, une valeur d’entreprise qui ne laisse guère la place aux repères traditionnels du vivre ensemble. Alors que la crise de 1929 a bousculé les valeurs et normes tayloriennes dans lesquels s’incarnaient les firmes du début du 20 -ème siècle, la crise pandémique, est venue conforter les tenants de la nécessité d’un retour aux repères traditionnels fondés sur la solidarité, l’entraide et sur l’État providence , ce dernier devenant conscient de son rôle de régulateur nécessaire. Voilà qui devait entraîner une expansion où la foi dans les mécanismes du marché fera école. L’envahissement de la socio-économie à tour de rôle par les mécanismes marchands, par les mécanismes de coercition de l’état, puis par une autre vague marchande va dramatiquement réduire le coefficient de confiance et de solidarité sur lequel était construite la socio-économie traditionnelle et engendrer une érosion dramatique de la socialité. C’est cette perte de capital social et du capital de confiance. Mais tout n’est pas perdu, par un retournement surprenant, la confiance a resurgi.
Ces liens moraux se révèlent beaucoup plus efficaces dans des situations où l’incertitude et la complexité rendent inutiles les formes stylisées de contrats.
IV- Les différentes formes de mécanismes régulateurs
La résilience doit s’acquitter de plusieurs formes de mécanismes devant faire partie intégrante de tout système et à même de se déclencher en rapport avec la nature des ruptures ou chocs. Il s’agit des mécanismes d’autoconservation et d’autorégulation, d’auto-réorganisation et d’autocréation
L’autoconservation et l’autorégulation, correspondent à des mécanismes régulateurs de rétroaction totalement différents. Dans un écosystème en pleine mouvance et qui prouve continuellement qu’il ; ne répond à aucune régularité de dynamique du mouvement, ces deux mécanismes quoi que de rééquilibrage ne s’entendent guère d’un retour vers l’état d’équilibre initial mais l’évolution vers un nouvel état d’équilibre. Le rééquilibrage ne correspond pas à l’autoconservation, mais l’autorégulation. L’autoconservation signifie le maintien et la conservation d’un état d’équilibre en situation normale.
Les processus d’auto-réorganisation peuvent s’accomplir de manière organique. Il s’agit des ajustements qui permettent au système de survivre via l’acquisition de propriétés nouvelles et par la modification de son organisation. Dans le cas de chocs exogènes de forte amplitude telle l’actuelle crise pandémique le système n’a pas la capacité de s’auto-réorganiser. C’est dans ce sens que plusieurs, sortes de mécanismes de stabilisation ont été mis en place, mettant en avant la notion de l’État-providence et ses mécanismes de stabilisation automatique, qui ont réhabilité les notions de souveraineté, et rétabli, les valeurs d’une société traditionnelle
Développer un régime permanent de renouvellement et la capacité d’auto-renouvèlement, d’autocréation et d’autoreproduction qui permet à tout système de se renouveler.
Le concept de résilience, sa définition, sa nature diffèrent selon la forme d’organisation et la nature de l’univers dans lequel on se situe. En effet la résilience ne peut pas se construire de la même manière dans un contexte harmonieux certain et prévisible de la concurrence parfaite ; que dans celui de la concurrence imparfaite. Dans un monde de concurrence pure et parfaite où prévaut la certitude, liée à la justesse et exactitude des signaux conjuguée aux anticipations rationnelles impliquées par la capacité de calcul illimitée, les mécanismes autorégulateurs et auto-conservateurs inhérents à l’organisation des rapports économiques et sociaux s’accommodent de toute situation de rupture, de déséquilibre et de crise. L’information signalétique codifiée, abstraite est uniformément répartie et diffusée, elle concerne notamment l’évolution future des prix, et fonde les anticipations rationnelles des intervenants. L’harmonisation des différents plans est assurée par les jeux de la main invisible. Le problème c’est que dans la réalité concrète la perfection des marchés reste une hypothèse, et les nouvelles formes d’organisation débouchent sur une information plus concrète et moins uniformément répartie. C’est dans ce sens que les transactions sont assurées et deviennent possibles par le biais de l’adhésion à un système de valeurs communes partagées constituant la culture organisationnelle commune
Institutionnaliser les valeurs-repères, les normes d’entraide, renforce le lien social de confiance, le lien organisationnel micro culturel, et représente un garant d’efficacité de la gouvernance, et de résilience dans le monde de l’apprentissage social et de la gouvernance.
Habiba Nasraoui Ben Mrad
Docteur en Sciences Économiques, Chercheure et Enseignante Universitaire



