Economie

La corruption : une menace systémique pour l’économie et la cohésion sociale

La corruption n’est plus un phénomène exceptionnel ou dissimulé. La corruption constitue aujourd’hui l’un des dangers les plus graves qui pèsent sur les systèmes économiques et sociaux. Loin d’être un phénomène marginal, elle s’est progressivement enracinée dans les pratiques quotidiennes, au point d’être perçue par une partie de la société comme un comportement ordinaire, voire tolérable. Cette banalisation explique en partie son invisibilité croissante dans les statistiques officielles, la corruption cessant d’être signalée lorsqu’elle devient socialement normalisée. Cette banalisation constitue en soi un danger majeur : lorsqu’un comportement devient socialement accepté, il disparaît des radars statistiques, des débats publics et parfois même des priorités politiques.

Les causes de la corruption sont avant tout structurelles. L’un des facteurs les plus souvent évoqués réside dans le déséquilibre entre les responsabilités considérables confiées aux fonctionnaires et la faiblesse de leurs niveaux de rémunération créant ainsi un terrain propice aux comportements opportunistes. À cette réalité s’ajoutent des facteurs institutionnels et réglementaires, notamment la complexité excessive des procédures administratives, la multiplication des réglementations et des prélèvements fiscaux, ainsi que le manque de clarté et de cohérence des cadres juridiques. Ces contraintes accroissent les coûts pour les citoyens, tout en favorisant les arrangements informels et les pratiques illicites visant à contourner les règles, et à contrecarrer les lois.

Par ailleurs, la faible efficacité des services publics, y compris ceux chargés de la prévention et de la lutte contre la corruption, limite considérablement la capacité de l’État à détecter et sanctionner les actes frauduleux. Cette situation est aggravée par l’insuffisance des mécanismes de contrôle, de reddition des comptes et de responsabilisation, qui réduit le risque perçu d’être poursuivi pour des pratiques corruptives. En l’absence de sanctions crédibles, la corruption tend à se reproduire et à s’étendre.

Les conséquences de la corruption sont profondes et multidimensionnelles. Sur le plan économique, elle fausse l’allocation des ressources, déjoue la concurrence loyale, détourne les ressources publiques, décourage l’investissement et freine la croissance. Sur le plan social, elle accentue les inégalités, affecte profondément le tissu social , porte atteinte à la justice sociale et érode la confiance des citoyens envers les institutions publiques, et par voie de conséquence affaiblit le contrat social. Sur le plan moral, enfin, elle affaiblit les valeurs d’intégrité, d’équité et de responsabilité, et compromet ainsi la cohésion sociale et la stabilité à long terme.

Face à l’ampleur de ces effets néfastes, nous sommes en droit de se poser une question fondamentale : la corruption est-elle réellement combattue avec le sérieux et la détermination qu’elle exige, à tous les niveaux ? Serions-nous réellement contemporains d’une prise de conscience collective devant se traduise par des réformes institutionnelles profondes, un renforcement de la gouvernance et un engagement réel en faveur de la transparence et de la responsabilité ?

La lutte contre la corruption ne peut se limiter à des discours ou à des mesures symboliques. Elle exige une approche globale fondée sur la simplification des procédures, le renforcement de la transparence, l’amélioration des conditions de travail dans la fonction publique et l’application rigoureuse de la loi. Surtout, elle suppose une mobilisation collective, impliquant l’État, la société civile et les citoyens eux-mêmes.

Tant que cette lutte ne deviendra pas une priorité réelle et partagée, la corruption continuera de produire des effets dévastateurs.

 

Habiba Nasraoui Ben Mrad

Docteure en Sciences Économiques, chercheure et enseignante universitaire

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page