Actualités

Habiba Nasraoui Ben M’rad : quand les investissements directs étrangers deviennent un levier du bien-être dans les économies en transition

Sur les ondes de la radio nationale RTCI, dans une émission animée par le journaliste Mondher Zid, la professeure et chercheuse Habiba Nasraoui Ben M’rad a livré une analyse approfondie et particulièrement éclairante sur un sujet rarement abordé sous cet angle : l’impact des investissements directs étrangers (IDE) sur le bien-être dans les économies en transition. Une intervention dense, rigoureuse et résolument ancrée dans les réalités économiques et sociales contemporaines.

Dès l’entame de l’entretien, Habiba Nasraoui Ben M’rad inscrit son propos dans une perspective globale, rappelant que les IDE ne peuvent plus être analysés uniquement à travers le prisme de la croissance économique brute, mais doivent être appréhendés comme un facteur structurant du développement durable et du bien-être collectif.

Comprendre les IDE : un investissement durable, pas une spéculation

Habiba Nasraoui Ben M’rad commence par clarifier un concept souvent mal compris. L’investissement direct étranger, tel que défini par le FMI, l’OCDE et la Banque mondiale, correspond à un flux d’investissement visant l’acquisition d’une participation durable dans une entreprise étrangère, matérialisée par la détention d’au moins 10 % des droits de vote. Ce seuil n’est pas arbitraire : en-dessous, il ne s’agit plus d’un investissement productif de long terme, mais d’un investissement de portefeuille, généralement volatil et spéculatif.

Cette distinction est fondamentale. Contrairement aux prêts bancaires, générateurs d’endettement, ou aux capitaux spéculatifs soumis aux aléas des marchés financiers, les IDE constituent une ressource stable, inscrite dans la durée, et orientée vers la production, l’emploi et le transfert de compétences.

Des économies en transition en quête de stabilité et de transformation

Dans son analyse, Habiba Nasraoui Ben M’rad insiste sur la notion de « transition », qu’elle définit d’abord comme politique, puis économique. Les économies en transition regroupent aussi bien les pays issus de l’ancien bloc de l’Est – tels que la Pologne, la Hongrie, la République tchèque ou les pays baltes – que les pays ayant connu les révolutions arabes, dont la Tunisie.

Ces pays partagent un point commun essentiel : ils ont engagé des réformes profondes pour passer d’un modèle autoritaire ou planifié à des systèmes démocratiques et des économies de marché. Cette double transition crée un besoin massif de financement, d’innovation et de modernisation productive, que l’épargne nationale seule ne peut satisfaire.

Le bien-être, au-delà de la croissance économique

L’un des apports majeurs de l’intervention de Habiba Nasraoui Ben M’rad réside dans sa définition du bien-être. S’appuyant sur les travaux de Stiglitz et d’autres économistes de renom, elle rappelle que la croissance économique ne saurait, à elle seule, mesurer le progrès d’une société.

Le bien-être repose sur trois piliers indissociables : la dimension économique, la dimension sociale et la dimension environnementale. Une croissance qui génère des inégalités, fragilise la cohésion sociale ou dégrade l’environnement ne peut être assimilée à un véritable progrès. C’est précisément à l’intersection de ces dimensions que les IDE peuvent jouer un rôle déterminant, à condition que certaines conditions soient réunies.

IDE et bien-être : des mécanismes de transmission décisifs

Habiba Nasraoui Ben M’rad met en lumière plusieurs mécanismes à travers lesquels les IDE influencent positivement le bien-être. Le premier est la capacité d’absorption, étroitement liée au capital humain. Les transferts technologiques, ou spillovers, constituent l’un des principaux avantages des IDE, mais ils ne produisent leurs effets que si le pays d’accueil dispose d’un niveau d’éducation et de compétences suffisant.

À ce titre, la Tunisie bénéficie d’un atout majeur : la qualité de ses ressources humaines, notamment dans les domaines scientifiques et techniques. Les écoles d’ingénieurs tunisiennes, souligne-t-elle, forment des profils hautement qualifiés et recherchés à l’échelle internationale, un potentiel que les politiques publiques gagneraient à mieux valoriser.

Système financier et gouvernance : des conditions incontournables

Un autre levier fondamental réside dans l’efficacité du système financier. Pour Habiba Nasraoui Ben M’rad, les IDE produisent davantage d’effets positifs dans les pays dotés d’institutions financières capables de canaliser l’investissement, de soutenir l’innovation et de favoriser l’inclusion économique. Elle plaide pour une réforme du système financier tunisien, intégrant des mécanismes plus coopératifs et solidaires, en complément des banques traditionnelles.

La qualité institutionnelle constitue également un facteur clé. En s’appuyant sur les indicateurs mondiaux de gouvernance de la Banque mondiale, elle rappelle que la stabilité politique, l’efficacité gouvernementale, la qualité réglementaire, l’état de droit et la lutte contre la corruption conditionnent l’impact réel des IDE sur la performance économique et le bien-être social.

Emploi, productivité et niveau de vie : des effets concrets et mesurables

Les résultats empiriques évoqués par Habiba Nasraoui Ben M’rad confirment que les IDE stimulent la productivité globale des facteurs, favorisent la création d’emplois, réduisent le chômage et contribuent à l’augmentation des salaires moyens. En améliorant la concurrence, en modernisant les processus de production et en diffusant le progrès technologique, ils élèvent durablement le niveau de vie des populations.

Dans les économies en transition, ces effets se traduisent par une amélioration tangible du bien-être, bien au-delà des simples indicateurs macroéconomiques.

Une conclusion tournée vers l’action publique

En conclusion de son intervention sur RTCI, Habiba Nasraoui Ben M’rad affirme que les investissements directs étrangers constituent une composante essentielle du processus de développement dans les économies en transition. Ils permettent notamment de combler l’écart structurel entre l’épargne nationale et les besoins d’investissement, un défi majeur pour des pays comme la Tunisie.

Mais leur impact positif n’est ni automatique ni garanti. Il dépend étroitement des choix politiques, de la qualité des institutions et de la capacité des États à créer un environnement stable, transparent et propice à l’investissement productif. Un message clair, à la fois analytique et engagé, qui résonne comme un appel à repenser les stratégies de développement à l’aune du bien-être collectif.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page