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La résilience des systèmes de santé : La santé un bien public

I. la santé entre les exigences du marché et l’intérêt d’une nation
La notion de bien public souvent abordée d’un point de vue du marché doit plutôt être approchée du point de vue de la durabilité du bien-être économique et social et c’est dans ce sens que la santé y joue un rôle fondamental c’est ce bien public relié au capital humain que possède une société. Le système de santé en plus des établissements classiques, doit inclure de nouvelles institutions de préservation de la santé, de la résilience d’un système économique. La durabilité semble plus que jamais s’associer à un nouveau concept qui s’élève au statut de valeur commune à savoir la résilience
Entre la crise de 2008, les multiples catastrophes naturelles dont le TSUNAMI, l’épidémie d’Ebola de 2014-2016 en Afrique de l’Ouest, la crise économique de 2007-2008 en Irlande, l’insurrection dans le nord du Nigeria, le terrorisme au Burkina Faso, la guerre à Gaza, au Liban, en Ukraine, au Soudan, le concept de résilience notamment de résilience des systèmes de santé a gagné en rigueur, en pertinence, en diversité. Bien que faisant référence à une grande diversité, le terme qui s’impose dans cette multiplicité est celui de chocs, et en second lieu de rupture ou de crise. En rapport avec le système, la résilience signifie la capacité à prévoir les menaces sanitaires, à se préparer aux chocs, elle s’étend à la pertinence dans leur gestion, à pouvoir rebondir, s’y adapter et transformer, et à en tirer des enseignements. Idéalement, la résilience ne consiste pas à rebondir pour revenir dans la situation d’avant le choc, mais à progresser vers une situation meilleure.

II. Que signifie résilience dans le contexte des systèmes de santé ?
La résilience est similaire au concept de « renforcement des systèmes de santé » bien que ce dernier mette davantage l’accent sur l’amélioration des performances du système que sur la résilience.
La résilience les systèmes de santé est aussi proposée comme le mécanisme leur permettant d’absorber les changements de l’environnement tout en se préservant dans leur nature leur identité ; et leur fonction essentielle à savoir prodiguer les soins de santé, et à préserver des vies humaines.
La résilience est généralement associée aux réactions face à des chocs intenses, mais elle devrait se soucier et faire davantage référence à la perspicacité au niveau de l’absorption et gestion de la crise et donc au degré d’adaptabilité, à la qualité des systèmes d’apprentissage, et à la réactivité.
Les outils de mesure de la résilience incluent des indices et dimensions aussi divers que l’impact des crises sur la santé, le degré de recours aux services de santé, le degré de couverture des services de santé par mille habitants, la répartitions géographique des CHU, le nombre de personnel de santé/mille habitants, leurs qualifications, la capacité à mobiliser des ressources parallèles, les réformes, et l’ensemble des institutions en matière de santé.

III. Les préalables nécessaires pour renforcer la résilience d’un système de santé
Comme on l’a déjà signalé » plus haut l’un des piliers essentiels de la résilience est de savoir s’y préparer, se tenir prêt, les chocs sont imprévisibles et surviennent au moment où l’on s’y attend moins, pour cette raison disposer de réserves matérielles et en termes de qualification et compétences techniques, aussi bien à l’échelle national que régional est un préalable capital. Pour ce faire , la répartition équitable des CHU et pôles de recherches est plus que nécessaire.
La résilience des systèmes de santé doit par ailleurs prendre en considération toutes sortes de transformations qui s’opèrent dans les systèmes de santé à l’échelle mondiale.
IV. Quelles sont les caractéristiques clés de la résilience et comment peut-on la mesurer ?
Un système de santé résilient est supposé posséder des atouts l’habilitant notamment à prendre conscience des défis auxquels il serait confronté, et à éviter les répercussions préjudiciables sur l’Etat de santé global notamment sur les populations vulnérables.
Trois principales caractéristiques sont nécessaires pour qu’on puisse qualifier de résilient un système de santé é savoir l’absorption, l’adaptation et la transformation.
Ces caractéristiques font référence à la protection, et la préservation des prestations de services lors de crises, la capacité d’un gouvernement à gérer le système de santé de manière optimale en utilisant efficacement les ressources matérielles et en termes de compétences dont il dispose, évitant de tomber dans l’épuisement. Elles font également référence à la capacité d’un gouvernement à introduire des réformes réalistes répondant à l’évolution de l’environnement, cet aspect institutionnel est crucial, car répond à la qualité durable de cette capacité, et permet justement au système de santé de rebondir pour faire peau neuve et progresser.
Les indicateurs susceptibles d’être utilisés pour mesurer la résilience des systèmes de santé peuvent être tirés des « Lignes directrices en matière d’analyse des systèmes de résilience » (Guidelines for Resilience Systems Analysis de l’OCDE).
Les indicateurs permettant de mesurer la résilience des systèmes de santé sont : l’état de santé, l’adoption de soins de santé et l’incidence de comportements d’adaptation qui portent préjudice à la santé et au bien-être, tels que le travail des enfants ou un apport alimentaire réduit. De telles analyses dépendent des données disponibles et doivent porter une attention particulière à l’évaluation de l’équité des résultats en matière de santé pour divers groupes sociaux et zones géographiques, ainsi que de la position de départ des systèmes de santé.
Un autre indice permettant de mesurer la résilience des systèmes de santé fait référence à l’ensemble de politiques ou des ressources mises en place pour protéger la santé, et dans ce contexte les valeurs culturelles, et sociales d’entraide peuvent être prises en considération.
La résilience d’un système de santé peut être appréhendée au travers plusieurs dimensions facilement convertibles en indicateurs mesurables dont essentiellement :
 Pertinence et Prévisibilité : le système soit être doté d’outils signalétiques permettant de détecter les chocs sanitaires avant qu’ils ne surviennent ou du moins qu’ils ne s’amplifient.
 Réactivité : Mobilisation rapide, des ressources matérielles, en termes de compétences des ONG et de la société civiles pour éviter les débordements au-delà du système de santé.
 Auto-rééquilibrage, autoconservation, auto-renouvèlement. Faisant référence à la nature même de la résilience d’un système lui permettant de garder son intégrité et de progresser ver un nouvel état d’équilibre meilleur, en transformant l’énergie négative du choc en énergie positive empêchant que les épisodes de crise sanitaire se transforment en catastrophe.

V. Comment renforcer la résilience des systèmes de santé ?
Le renforcement du système de santé répond à trois aspects et volets fondamentaux à savoir les mécanismes de financement, les politiques relatives au personnel de la santé et le caractère équitable du système de santé.

1. Les mécanismes de financement de la santé
L’esprit communautaire d’entraide constitue une ressource essentielle de soutien financier pour faire face aux crises. Malgré les difficultés impliquées par les chocs épidémiques où pandémiques, la fragilisation des structures familiales et des réseaux sociaux, en tant que mécanismes de mobilisation de ressources, l’esprit d’entraide et le renforcement du lien social de confiance l’emporte souvent en temps de crise et réduit les ressources à leur disposition. Les mécanismes de financement des services de santé pendant les crises doivent être préservés, renforcés voire réinventés pour garantir l’accès égalitaire et équitable de toutes les granges des populations. Les principes et objectifs d’un système de santé équitable doivent se traduire comme suit :
 Que les couches sociales vulnérables et davantage fragilisées par les crises pandémiques ne soient pas amenées à se priver du minimum de subsistance pour pouvoir survivre à l’instar de ce qui s’est produit en Ouganda et au Cambodge, où certaines victimes, faute de pouvoir accéder aux soins de santé via des fonds d’équité ont eu recours à la vente d’aliments et à l’emprunt pour couvrir leurs frais de santé.
 Que les systèmes de santé mécanismes de financement soient suffisamment équitables pour garantir l’accès aux soins de tous, en se dotant de mécanismes des financement offrant la protection voire une prise en charge frais de santé. en Afghanistan, en Sierra Léone des mécanismes d’exemptions de frais à la charge des utilisateurs ont permis de réduire les coûts pour les plus pauvres la proportion d’utilisateurs payant les frais de santé et augmenté le recours à certains services de soins de santé. Au Cambodge ils ont plutôt intensifié l’utilisation de fonds d’équité et de bons de santé vouchers.
 Les exemptions portant sur les frais à la charge des utilisateurs et sur les vouchers, les fonds d’équité en permettant un meilleur, et un plus grand accès aux services de santé nécessitent des investissements simultanés dans l’offre de soins de santé, et des systèmes de santé performants.
Encore une fois les réformes, l’aspect réglementaire et institutionnel pour mobiliser des fonds notamment privés, destinés au financement des investissements dans le secteur de la santé, sont nécessaires, pour offrir des garanties, permettant de compenser, le climat d’incertitudes et de risque en temps de crise. C’est aussi dans ce sens, que l’esprit communautaire et le lien social de confiance, vont faciliter l’aboutissement de ces réformes.
2. Les politiques relatives au personnel de santé
La résilience du personnel de santé s’entend de sa capacité à fonctionner dans des circonstances difficiles, de la préservation de la qualité des soins dispensés, du maintien des coûts engendrés par des environnements de travail et des milieux communautaires sous-optimaux. La résilience du personnel de santé fait partie intégrante de la résilience de tout le système mais elle dépend également de la qualité des infrastructures médicales.
Le personnel de santé est appelé à relever des défis de taille, en jouant un rôle crucial dans la gestion des crises et le maintien des services de santé en temps de crise et ce en dépit des risques à leur vie auxquels ils sont confrontés notamment en cas de pandémie. Le nombre de personnel de santé, infirmiers médecins et auxiliaires de santé ayant succombé au coronavirus, en sont la preuve de cette menace imminente.
Un système de compensation, d’incitations, doit être mis en place, et dans ce cadre, les gouvernements peuvent s’avérer une source de leadership importante, notamment pour assurer une intervention coordonnée. Ce qui se passe au Nigéria, en est une preuve concrète traverse une crise sanitaire profonde en 2026, marquée par l’effondrement du système de santé en 2026, avec le départ de 10 000 médecins. En Tunisie, si rien ne se fait nous n’en serons pas non plus à l’abri.
3. Un système de santé équitable et résilient
L’équité, en ce sens que tout citoyen ait accès aux mêmes soins notamment en période d’épidémie, de pandémie, de crise sanitaire, est aussi un critère de résilience. Le sentiment d’injustice se traduit par une résistance à l’adhésion volontaire aux normes imposées par la société, et par le brisement du lien de confiance.
Les chocs et les crises ont justement l’avantage d’être l’occasion pour les sociétés de rebondir et évoluer vers un système de santé plus équitable et plus résilient.
Mais le développement d’un système de santé plus équitable dépend des mécanismes de financement mis en place, de la solidité leadership, de la volonté politique et de la riposte réformiste et institutionnelle. L’environnement favorable, le lien de confiance moral entre les différents partenaires, et avec le personnel de santé, la perspicacité du leadership pour en assurer la coordination autant de facteurs qui ont contribué efficacement à l’endiguement du virus Ebola en Ouganda en 2001.
Pour conclure, et en témoignent les effets de l’actuelle crise pandémique, et au-delà des moyens matériels dont disposent les économies, des ressources immatérielles qu’elles peuvent mobilise, la réactivité, la perspicacité l’adaptabilité sont les facteurs clé de résilience d’un système de santé.
Les statistiques ont effectivement montré que depuis 2021/2022, la croissance économique a repris dans plusieurs pays avec l’augmentation des taux de vaccination et l’assouplissement des mesures de confinement, confirmant que la résilience d’un système de santé dépend de sa réactivité et de son adaptation. Notre gouvernement devrait en tirer les leçons de toutes ces expériences, pour comprendre qu’il ne s’agit nullement d’une fatalité, et qu’un plan de relance de l’économie Tunisienne, doit passer par le renforcement de la résilience du système de santé. Malheureusement et à ce jour, nous en sommes encore à la case départ, ce qui laisserait présager tous les scénarios en cas de choc ou rupture.

Habiba Nasraoui Ben Mrad
Docteure en Sciences Economique, Chercheure et Enseignante Universitaire

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