Rôle du développement financier dans la croissance économique des pays émergents

Article rédigé par Trabelsi AFEF
Etudiante en Mastère de Recherche 1 Commerce International et Stratégie
À l’ESCT
Sous la direction de Dr Habiba Nasraoui Ben Mrad
En 2020, la Banque Mondiale estimait que les systèmes financiers mondiaux représentaient plus de 250 000 milliards de dollars d’actifs, une part considérable du produit mondial brut (PMB), montrant l’ampleur de leur rôle dans l’économie mondiale.
Les institutions financières, en tant qu’ intermédiaires entre les agents économiques, facilitent l’afflux de capitaux dans des secteurs clés, en particulier dans les économies émergentes où le financement de projets d’infrastructure et de développement est capital
I- Le développement financier : un moteur de croissance économique
Malgré l’importance apparente de la finance dans la promotion de la croissance économique, cette relation demeure une question ouverte.
En effet, la littérature suggère que les différences de niveau de développement financier entre les pays expliquent celles enregistrées en matière de croissance de long terme. Et les travaux théoriques et empiriques ont ainsi souligné les effets positifs du développement financier sur la croissance de long terme (Levine, 2005 ) ainsi que le lien tripartite entre intégration financière ,développement financier et croissance de long terme dans les pays émergents.
Certains chercheurs, tels que Stiglitz(1994), ont soulevé des critiques concernant les effets pervers d’un développement financier excessif, en soulignant que la finance classique peut aussi engendrer des crises économiques, exacerber les inégalités sociales et déstabiliser les marchés.
Des études récentes montrent que, dans certains contextes, une trop grande dépendance aux mécanismes financiers traditionnels peut mener à des bulles spéculatives et à des crises systémiques, comme en témoigne la crise financière mondiale de 2008.
En outre, l’accès inégal aux services financiers reste un défi majeur, notamment dans les pays en développement, avec près 1,7 milliard de personnes, encore exclues des services bancaires en 2017, selon les données de la Banque Mondiale(2022).

II- Mécanismes d’interaction entre développement financier et croissance économique dans les pays émergents
Dans quelle mesure et par quels mécanismes le développement financier influence-t-il la croissance économique des pays émergents ? et quel est la nature de lien entre les deux systèmes?
Selon Levine (2005 ), le développement financier se définit comme: « le processus par lequel les instruments, les marchés et les intermédiaires financiers améliorent le traitement de l’information, la mise en œuvre des contrats et la réalisation des transactions, permettant ainsi au système financier de mieux exercer ses fonctions
Le développement financier comprend :
- Les institutions financières: Banques, compagnies d’assurance, sociétés de leasing, institutions de microcrédit, banques islamiques
- Les marchés financiers: Marchés boursiers, marchés obligataires, marchés des changes…
- Les services financiers: Crédit, moyens de paiement, assurances, épargne, gestion d’actifs…
- Les réglementations et infrastructures : Banque centrale, régulation bancaire, systèmes de paiement, protection des investisseurs.

Dans cette perspective, c’est à travers l’exercice plus efficace de leurs fonctions que , les systèmes financiers sont en mesure de stimuler l’accumulation du capital et la croissance de la productivité globale des facteurs.
Trois aspects sont particulièrement importants pour notre propos. En premier lieu, des systèmes financiers développés permettent de réduire les coûts d’acquisition et de traitement de l’information.
En l’absence d’intermédiaires financiers, chaque épargnant doit supporter un coût élevé pour évaluer les entreprises dans lesquelles il désire investir, ou encore les conditions économiques régissant le fonctionnement des marchés.
Les épargnants sont ainsi incités à former des coalitions appelées intermédiaires financiers. Ceux-ci prennent en charge le processus coûteux d’acquisition et de production de l’information ainsi que celui de coordination des activités productives. Les intermédiaires financiers permettent, ainsi, la réalisation d’ économies sur les coûts informationnels.
En deuxième lieu, à travers la fonction d’assurance de liquidité, les systèmes financiers permettent d’accroître le rendement des investissements. Bencivenga et Smith (1991) intègrent dans un modèle de croissance endogène l’idée selon laquelle les investissements réalisés atteignent leur rendement maximum s’ils sont conduits à leur terme.
Or, les épargnants peuvent être contraints de liquider leurs placements avant. Il y a ainsi une contradiction entre l’illiquidité des investissements réels et le désir de liquidité des épargnants.
En répondant à ces exigences contradictoires, les systèmes financiers engendrent une externalité positive : la minimisation du risque de liquidité par l’intervention des intermédiaires financiers permet de maximiser le volume d’épargne disponible pour l’investissement.
En troisième lieu , le système financier joue un rôle important dans la mobilisation et la collecte des épargnes. Acemoglu et Zilibotti (1997) soulignent qu’en mettant en commun l’épargne accumulée par les agents, les intermédiaires financiers financent un plus grand nombre d’investissements. Ils multiplient les possibilités de diversification transversale des risques, ce qui facilite l’allocation des fonds vers les activités les plus rentables et stimule la croissance de la productivité
Le rôle particulier du financement dans les pays émergents
Les pays émergents ont des caractéristiques spécifiques :
- forte croissance démographique,
- besoin massif en infrastructures,
- grande importance des PME,
- informalité élevée,
- faible taux de bancarisation.
III- Le rôle particulier du financement dans les pays émergents
Dans ce contexte, le développement financier permet :
- d’intégrer l’économie informelle en effet plus d’entreprises formalisées implique plus de croissance.
- d’attirer les investissements étrangers. Notons que Les investisseurs préfèrent les pays avec un système financier stable.
- d’améliorer l’efficacité des politiques monétaires. Un système bancaire solide améliore la transmission des décisions de la banque centrale.
- d’accélérer la transition technologique

Ces courbes montre que la SADC qui est doté du système financier le plus développé de la région, affiche les taux de croissance les plus élevés.
La zone Franc dont les systèmes financiers sont les moins développés enregistrent également les taux de croissance les plus faibles.
Néanmoins, la CEDEAO (UEMOA exclus) dont le système financier est plus développé que celui de la CAE, n’enregistre pas les taux de croissance plus élevés.
La CEMAC et l’UEMOA, qui ont presque les mêmes niveaux de développement financier enregistrent également des taux de croissance semblables.
Aujourd’hui, la relation entre finance classique et croissance économique continue d’être débattue, mais de nouvelles perspectives ont émergé, accentuant l’importance d’une régulation appropriée et d’une finance inclusive en particulier dans les régions les plus vulnérables des pays émergents.
Ainsi, dans le contexte actuel, la clé réside dans l’adoption d’un modèle de développement financier plus résilient. Les pays doivent renforcer leurs institutions financières, promouvoir des politiques qui favorisent l’accès au crédit et à l’épargne pour les populations défavorisées, tout en s’assurant que les régulations financières préviennent les risques d’instabilité.
De plus, la question de l’interaction entre finance classique et innovations financières, telles que les fintechs, devrait être davantage explorée, car ces dernières pourraient jouer un rôle capital dans la réduction des inégalités
d’accès aux services financiers. Il est donc nécessaire de redéfinir la notion de développement financier dans un contexte de plus en plus marqué par la durabilité et la responsabilité sociale Le développement financier constitue un levier déterminant de la croissance économique dans les pays émergents. En améliorant la mobilisation de l’épargne, l’allocation du capital, la gestion des risques, le financement de l’innovation et l’inclusion financière, le secteur financier accélère la transformation économique.



