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la digitalisation et banque de demain

Interview réalisée par FLASH INFO avec Docteure Habiba Nasraoui Ben Mrad, Enseignante à l’Ecole Supérieure de Commerce de Tunis

  • Comment voyez-vous la banque de demain ?

La banque de demain ne peut être qu’une banque citoyenne, proche des citoyens, et contribuer à la réalisation de leurs objectifs en matière de développement économique et social, adopter les principes de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption,  et favoriser le financement des projets d’économie verte. Elle doit contribuer à rendre l’économie plus résiliente, inclusive.

La banque de demain doit réinventer la relation client, qui ne peut être uniquement la numériser. C’est au contraire renforcer l’accompagnement humain sur des sujets à valeur ajoutée, être au plus près des attentes d’une clientèle plus mobile certes, mais toujours en attente d’une relation de confiance.

La banque de demain doit répondre aux besoins des entreprises qu vont au-delà des financement à court et moyen terme, pour inclure le conseil et l’accompagnement, spécifique notamment, par la mise en œuvre de restructurations financières, leur permettant d’asseoir leur compétitivité,  les aider à sortir des difficultés et à s’engager dans une phase de redressement et de développement.  

  • Quels sont les enjeux de la digitalisation dans le secteur des finances ?

L’enjeu est à la fois vital et stratégique. Dans ce contexte en pleine mutation, et avec la crise actuelle  les banques traditionnelles doivent accélérer la mutation de leur modèle économique repenser leur business model, en se rapprochant de celui des fintechs, notamment en matière de proposition de valeur, se réinventer, réinventer  leur offre de services ; afin de survivre et de rester compétitives. Elles doivent mettre en place de nouveaux outils, processus  (grâce par exemple à l’intelligence artificielle pour réaliser des gains de productivité.), afin de répondre à la concurrence des nouveaux entrants, des concurrents redoutables soit dans les services financiers (Fintechs, Paypal, cryptomonnaies, courtiers, établissements de paiements, opérateurs de téléphonies etc… ) ou les modes de financements alternatifs (crowdfunding, le financement entre pairs etc …) dont les frais des services très attractifs compétitifs traduisent leur capacité à faire baisser les coûts. En effet, n’ayant pas de réseau d’agences leurs coûts se voient donc réduits. Il est primordial pour les banques classiques de penser  leur transition digitale, et disposer d’un support digital pour répondre aux besoins et aux attentes des client, de plus en plus attentifs à l’écosystème dans lequel ils évoluent , et ce par la mise en place d’application spécialement conçues pour les banques, avec une simplicité d’utilisation pour le client qui pourra avoir accès à des services de bases.

Les banques qui font le choix du numérique réalisent un grand pari sur l’avenir. Les entreprises matures dans l’utilisation du numérique, ont une efficacité supérieure et sont susceptibles d’augmenter leur rentabilité 

De façon générale, le numérique représente un outil de diffusion et de transmission d’information efficace, du fait qu’il arrive à atteindre un grand nombre de personnes.

L’innovation technologique constitue un levier majeur pour l’avenir des établissements bancaires elle est porteuse d’opportunités dans la relation client pour améliorer la fidélité et la satisfaction en réduisant les coûts des activités simples

La digitalisation bancaire augmente la flexibilité d’un pays réduit les coûts de la conduite des transactions et stimule la croissance économique grâce à la mobilisation de l’épargne , la fourniture d’informations sur les investissements et l’allocation efficace des ressources, dans le secteur productif réel de l’économie.

 

La digitalisation n’est plus un choix pour la banque mais plutôt une obligation pour pouvoir s’adapter à un environnement marqué par une concurrence féroce. En effet, de nouvelles structures émergentes menaçantes qui font leur naissance à l’ère du digital donnant lieu à une nouvelle concurrence à caractère permanent avec les organismes financiers classiques (les banques).

L’enjeu pour la banque nécessite de développer un business model digital donnant lieu à une nouvelle transformation numérique ou approche bancaire avancée « phygital » basée sur des combinaisons de technologies de l’information, de l’informatique, de la communication et de la connectivité (plateformes web, applications mobiles…).

La transition digitale s’est traduite par ailleurs, par le développement de plusieurs produits  et services bancaires (E-banking, M-Banking, Neo-Banque, l’Open banking etc…). Chacune des évolutions est influencée dans une large mesure par la nature du support technologique à disposition, des attentes d’un client devenu plus exigeant et, mais aussi de l’avènement de nouveaux acteurs dans le marché qui placent le numérique et digitalisation au cœur de leur business model proposant des nouvelles offres et de nouveaux services permettant de gérer leurs portefeuilles électroniques (Wallet). L’intelligence artificielle, la blockchain, le big data et la biométrie, deviennent des atouts incontournable de la transition digitale des banques.

  • Quels sont les nouveaux défis auxquels les banques devront faire face ?

La banque comme un acteur majeur de la place financière, institutionnelle et traditionnelle, elle se voit aujourd’hui challengée par de nouveaux acteurs, hybrides  qui ont bien décidé de prendre leur place dans la transformation digitale. Quant aux challenges de la transformation digitale, ils sont nombreux, tels que :

  • La perte de certains monopoles  notamment par l’émergence des Fintechs. Ces start-ups spécialisées dans les technologies financières sont très actives dans les crédits à la consommation, les moyens de paiement, les assurances ou encore les prêts aux PME.
  • Un meilleur accès des consommateurs à l’information concernant les produits financiers leur permettant de comparer plus facilement les offres d’où la nécessité des conseillers d’être formés pour monter en compétence.
  • L’exclusion bancaire des personnes analphabètes et des personnes plus âgées qui souffrent d’une non adaptation avec les transformations digitales, et la difficulté d’accéder à certains canaux de distribution bancaires comportant des coûts financiers (accès Internet, outils informatiques…).
  • Le Chômage impliqué par la destruction de certains métiers, où les nouvelles technologies ont occupés leurs places..
  • Cette digitalisation bancaire ne sera-t-elle pas un creuset des inégalités sociales ?

La digitalisation bancaire avec tous les effets positifs qu’elle peut générer à savoir : économie de coût, gain de temps, disponibilité, flexibilité, peut être également source d’externalités négatives.

La transformation numérique pour être efficace doit s’inscrire dans le cadre d’une approche intégrative, collective autrement dit dans un cadre plus général, celui d’une stratégie de numérisation nationale, prenant en considération toutes les composantes de l’écosystème. Or la Tunisie de demain, est obligée d’être une Tunisie, connectée, digitalisée, et qui se donne les moyens d’intégrer, le e-monde.

Sinon, en plus des externalités négatives liées aux coûts sociaux collectifs ; du taux de chômage et la destruction de certains métiers ; la digitalisation bancaire va contribuer au développement d’une économie duale avec un secteur connecté moderne, et un secteur traditionnel, exclu et à la marge de la modernité.  La digitalisation peut en effet se traduire par l’exclusion d’une grande partie de la population et être à l’origine d’une discrimination socio-économique à l’égard de certaines catégories de la population à cause de certains coûts financiers (accès Internet, outils informatiques), ou des coûts d’apprentissage et d’analphabétisme.

Il faut donc porter une réflexion sérieuse sur ce point, voire l’élever au statut de débat national.

  • Quel impact cette digitalisation pourrait avoir sur le taux de bancarisation, notamment dans les pays en voie de développement ?

Si la digitalisation bancaire est menée dans le cadre d’une stratégie nationale de numérisation elle doit se traduire par une amélioration remarquable de l’inclusion financière , car va se traduire par l’élimination des obstacles et contraintes liés à l’ouverture et tenue d’un compte bancaire dont les frais de gestion qui sont souvent jugés élevés par certaines classes sociales.

Notons toutefois que c’est  cette convergence entre la téléphonie et la finance facilitera  l’inclusion digitale qui permettra également de réduire l’informalité.

Pour terminer je remercie tous vos lecteurs pour leur attention.

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