Sans une classe moyenne : Aucun pays n’est à l’abri de la pauvreté extrême

La classe moyenne constitue un pilier fondamental du développement économique et social. Elle représente non seulement le moteur principal de la consommation intérieure, mais également un facteur essentiel de stabilité politique et de cohésion sociale. Dans les économies où cette catégorie sociale est faible ou en régression, la demande intérieure demeure insuffisante pour soutenir la diversification économique et stimuler l’investissement productif. Les richesses tendent alors à se concentrer entre les mains d’une minorité privilégiée, accentuant les inégalités sociales et limitant les possibilités d’ascension économique pour les catégories les plus vulnérables.
- La classe moyenne : un moteur de la croissance économique , un levier du progrès social
Une classe moyenne dynamique favorise l’élargissement du marché intérieur grâce à une consommation plus soutenue et plus diversifiée. Les ménages appartenant à cette catégorie disposent généralement d’un pouvoir d’achat leur permettant de consommer des biens manufacturés, des services éducatifs, des soins de santé, des logements ou encore des produits technologiques. Cette demande stimule les entreprises locales, encourage les investissements et favorise la création d’emplois durables. À titre d’exemple, l’essor de la classe moyenne en Chine depuis les années 1990 a fortement contribué à la croissance de la consommation intérieure, permettant au pays de réduire progressivement sa dépendance aux exportations. De même, dans plusieurs pays émergents d’Asie du Sud-Est, l’expansion de cette catégorie sociale a soutenu le développement des secteurs industriels et des services.
Par ailleurs, la classe moyenne joue un rôle central dans l’investissement en capital humain. Grâce à des revenus relativement stables, ces ménages peuvent consacrer une part importante de leurs ressources à l’éducation, à la formation et à la santé de leurs enfants. Cet investissement améliore la productivité future de la main-d’œuvre et favorise la mobilité sociale. À l’inverse, dans les sociétés où une grande partie de la population demeure proche du seuil de pauvreté, les familles sont souvent contraintes de privilégier les besoins immédiats au détriment de l’éducation ou des soins de santé. Les institutions internationales soulignent ainsi que le renforcement de la classe moyenne constitue un moyen efficace de réduire durablement la pauvreté et d’éviter que les ménages ne retombent sous le seuil international de pauvreté, estimé à environ 3 dollars par jour dans certaines mesures internationales.
- La classe moyenne une garante du bien-vivre ensemble
L’expérience des pays nordiques illustre également l’importance d’une classe moyenne solide. En Suède, au Danemark ou en Norvège, les politiques de redistribution, l’accès universel à l’éducation et à la santé ainsi que la protection sociale ont permis de consolider une large classe moyenne. Cette situation a favorisé une croissance plus inclusive, une forte cohésion sociale et des niveaux élevés de confiance dans les institutions publiques.
En outre, la classe moyenne constitue souvent une garantie institutionnelle et démocratique. Les citoyens appartenant à cette strate sociale réclament généralement davantage de transparence, une meilleure gouvernance et des services publics de qualité. Ils exercent une pression sur les pouvoirs publics afin de lutter contre la corruption, de renforcer l’État de droit et d’assurer une gestion plus efficace des ressources publiques. Dans plusieurs pays émergents, comme la Corée du Sud ou le Brésil durant certaines phases de leur développement, l’élargissement de la classe moyenne a contribué à renforcer les revendications démocratiques et à améliorer les institutions.
À l’inverse, l’affaiblissement de la classe moyenne peut engendrer des déséquilibres économiques et sociaux importants. Lorsque les revenus stagnent et que les inégalités se creusent, la consommation ralentit, les tensions sociales augmentent et la confiance dans les institutions se détériore. Certains économistes considèrent d’ailleurs que l’érosion de la classe moyenne dans plusieurs économies avancées depuis les années 2000 a contribué à la montée des mouvements de contestation sociale et politique.
Ainsi, le développement et la consolidation de la classe moyenne apparaissent comme une condition essentielle d’une croissance économique durable, inclusive et équilibrée. Une société dotée d’une classe moyenne forte bénéficie généralement d’un marché intérieur plus dynamique, d’un capital humain plus qualifié, d’institutions plus solides et d’une plus grande stabilité sociale.
La Tunisie est aujourd’hui en perte de vitesse sur le plan “solidité de la classe moyenne” et pour cause la détérioration de la qualité du service public, et l’inflation galopante, de plus en plus non maîtrisée, et dont les causes originelles semblent échapper au génie de nos décideurs politiques qui n’ont d’yeux que pour une politique monétaire centrée exclusivement sur les taux d’intérêt directeurs.
Habiba Nasraoui Ben Mrad
Docteure en Sciences Économiques, chercheure et enseignante universitaire



