Moez Joudi : « Le secteur touristique tunisien est en ruine », un potentiel national sacrifié faute de stratégie
Un constat alarmant sur un secteur stratégique

Le secteur touristique tunisien traverse, selon l’analyse de Moez Joudi, une période particulièrement préoccupante. Dans une publication au ton résolument critique, l’économiste dresse un constat sans concession de l’état du tourisme en Tunisie et déplore ce qu’il considère comme une dégradation progressive d’un secteur pourtant stratégique pour l’économie nationale.
« Le secteur touristique tunisien est en ruine ! C’est un triste constat ! », affirme Moez Joudi, estimant que les difficultés actuelles ne peuvent pas être expliquées uniquement par la conjoncture internationale ou par les crises successives ayant affecté l’activité touristique. À ses yeux, la responsabilité incombe également aux politiques publiques menées depuis 2011, qu’il juge insuffisamment ambitieuses et incapables de préserver la compétitivité de la destination tunisienne.
Pourtant, la Tunisie dispose de plusieurs atouts fondamentaux : une infrastructure hôtelière importante, une longue tradition touristique, un patrimoine historique et culturel exceptionnel, ainsi qu’une position géographique privilégiée au cœur de la Méditerranée. Mais ces avantages, estime-t-il, ne suffisent plus à garantir l’attractivité du pays face à une concurrence internationale devenue particulièrement agressive.
La clientèle européenne ne serait plus au rendez-vous
L’un des principaux signaux d’alerte relevés par Moez Joudi concerne l’évolution de la clientèle étrangère dans les principales destinations touristiques tunisiennes. Il déplore notamment la diminution de la présence visible de touristes allemands, français, italiens, britanniques ou encore russes, qui constituaient traditionnellement une composante importante du tourisme tunisien.
Selon lui, la présence de ces clientèles ne serait plus comparable à celle observée auparavant. Cette évolution pose une question fondamentale : la Tunisie est-elle encore suffisamment compétitive et attractive pour conserver ses marchés traditionnels tout en conquérant de nouvelles clientèles ?
Pour Moez Joudi, la réponse passe nécessairement par une profonde remise en question du modèle touristique tunisien. Il ne s’agit plus, selon cette lecture, de compter uniquement sur le tourisme balnéaire ou sur les acquis historiques de la destination, mais de reconstruire une véritable stratégie capable de répondre aux nouvelles attentes des voyageurs internationaux.
Un secteur capable de peser lourd dans l’économie nationale
Au-delà de la dimension touristique proprement dite, Moez Joudi rappelle l’importance économique considérable de ce secteur. Selon lui, le tourisme peut contribuer jusqu’à 15 % au PIB tunisien, en prenant en compte ses effets directs et indirects sur l’activité économique.
Cette contribution dépasse largement les seules recettes générées par les hôtels, les agences de voyages ou les restaurants. Le tourisme irrigue une multitude de secteurs : transport, commerce, artisanat, agriculture, services, culture, loisirs et emploi. Il constitue également une source importante de devises pour une économie qui demeure fortement dépendante de ses recettes extérieures.
Dans ce contexte, la faiblesse des politiques publiques consacrées au tourisme apparaît, dans l’analyse de Moez Joudi, comme une véritable contradiction économique. Un secteur capable de générer des emplois, d’attirer des devises et de renforcer l’image internationale du pays devrait, selon lui, figurer parmi les grandes priorités nationales.
Propreté, transport aérien, aéroports : les failles d’une destination
Moez Joudi pointe également du doigt plusieurs problèmes qui affecteraient directement l’expérience du visiteur. Il évoque notamment la propreté des villes, les difficultés du transport aérien, l’accueil dans les aéroports, l’état des plages ainsi que l’insuffisance de l’animation touristique.
Ces éléments, qui peuvent sembler secondaires pris séparément, jouent pourtant un rôle déterminant dans la perception globale d’une destination. Le tourisme contemporain ne se limite plus à la qualité d’un hôtel ou à la beauté d’une plage. Le voyageur évalue désormais l’ensemble de son expérience : de son arrivée à l’aéroport jusqu’à ses déplacements, en passant par la propreté des espaces publics, la qualité des services, l’offre culturelle et de loisirs et l’accessibilité des différents sites.
La Tunisie dispose d’un patrimoine exceptionnel, mais encore faut-il savoir le transformer en une expérience touristique moderne, diversifiée et compétitive. C’est précisément sur ce point que Moez Joudi estime que le pays accuse un retard important.
Un produit touristique qui manque de diversité
L’autre faiblesse majeure évoquée concerne la diversification de l’offre. La dépendance historique à l’égard du tourisme balnéaire constitue, selon cette analyse, l’un des principaux handicaps du modèle tunisien.
La Tunisie possède pourtant les ressources nécessaires pour développer d’autres formes de tourisme : culturel, patrimonial, saharien, écologique, sportif, médical, gastronomique ou encore événementiel. La richesse historique et géographique du pays permettrait de construire une offre beaucoup plus diversifiée, susceptible d’attirer des visiteurs durant toute l’année et de réduire la forte saisonnalité de l’activité.
Mais une telle transformation nécessite des investissements, une vision à long terme, une coordination entre les différents acteurs et surtout une stratégie nationale clairement définie. C’est précisément cette absence de « travail de fond » et de stratégie que dénonce Moez Joudi.
Une priorité nationale qui fait défaut ?
Au cœur de la critique formulée par l’économiste figure enfin la question de la volonté politique. Moez Joudi regrette qu’aux niveaux présidentiel et gouvernemental, le tourisme ne bénéficie pas, selon lui, de l’attention et de la priorité qu’il mérite.
Son constat est particulièrement sévère : alors que le secteur représente une source de devises, un important pourvoyeur d’emplois et un élément essentiel de l’image internationale de la Tunisie, il estime que les pouvoirs publics n’ont pas engagé les réformes structurelles nécessaires pour lui permettre de retrouver une véritable dynamique.
Le problème ne serait donc pas simplement celui du nombre de touristes enregistrés durant une saison donnée. Il s’agirait d’une question beaucoup plus profonde : quel modèle touristique la Tunisie veut-elle construire pour les dix ou vingt prochaines années ?
Repenser le tourisme tunisien avant qu’il ne soit trop tard
La réflexion de Moez Joudi dépasse ainsi le simple bilan d’une saison touristique. Elle met en évidence une interrogation stratégique : la Tunisie peut-elle continuer à compter sur ses acquis historiques sans moderniser en profondeur son offre et son environnement touristique ?
Dans un marché méditerranéen extrêmement concurrentiel, les destinations qui réussissent sont celles qui investissent dans la qualité, l’innovation, la diversification et l’expérience du visiteur. La Tunisie possède encore des atouts considérables, mais leur valorisation exige une vision cohérente et une mobilisation durable des pouvoirs publics et du secteur privé.
Pour Moez Joudi, le sentiment dominant est aujourd’hui celui d’un immense potentiel insuffisamment exploité. « Décevant et frustrant ! », conclut-il.
Un constat qui, au-delà de la polémique, pose une question essentielle : la Tunisie saura-t-elle transformer son patrimoine touristique exceptionnel en un véritable moteur de croissance, d’emploi et de rayonnement international ?



