Actualités

Yassine Slama : « L’université n’est pas seulement un lieu où l’on vient étudier, mais un environnement où l’on apprend à construire son avenir »

À l’occasion de la rentrée universitaire, la transition du lycée à l’université constitue une étape décisive dans la vie des nouveaux bacheliers. Changement d’environnement, nouvelles responsabilités, autonomie accrue, découverte de nouveaux services et construction progressive d’un projet professionnel : cette période représente bien plus qu’un simple passage d’un cycle d’études à un autre. Invité de l’émission hebdomadaire « Academix » sur RTCI, Yassine Slama, Docteur en Sciences de Gestion, maître assistant à l’École Supérieure de Commerce de Tunis (ESC Tunis), spécialiste en gestion des ressources humaines et directeur du Centre 4C, a livré plusieurs conseils aux nouveaux étudiants afin de réussir leur intégration et de tirer pleinement profit des nombreuses opportunités offertes par l’université tunisienne.

Du lycée à l’université : un changement de posture avant d’être un changement d’établissement

Interrogé par le journaliste Mehdi El Kantaoui sur les transformations qui accompagnent le passage du lycée à l’université, Yassine Slama souligne qu’il ne s’agit pas simplement d’un changement d’établissement ou d’un niveau académique. Pour lui, cette transition marque surtout un changement profond dans la manière d’apprendre, de travailler et de prendre des responsabilités. À l’université, l’étudiant devient davantage « acteur de son parcours » : il doit progressivement apprendre à être autonome, organiser son temps, rechercher l’information, prendre des initiatives et assumer davantage ses choix.

Cette autonomie constitue précisément l’un des principaux défis auxquels sont confrontés les nouveaux bacheliers. Alors que le cadre du lycée demeure relativement structuré et encadré, l’université offre davantage de liberté, mais cette liberté implique également davantage de responsabilité. L’étudiant doit ainsi apprendre à gérer son emploi du temps, à identifier les ressources dont il dispose et à construire progressivement son propre parcours.

Pour Yassine Slama, l’intégration universitaire ne saurait toutefois être réduite à la seule présence en cours. « L’université est un espace de formation, oui, mais également un espace de vie, d’échange, d’accompagnement, de culture et de développement personnel », explique-t-il. Une conception qui invite les nouveaux étudiants à dépasser le traditionnel schéma « cours-maison » et à considérer l’université comme un véritable environnement d’apprentissage et d’épanouissement.

Les journées d’intégration, une véritable porte d’entrée dans la vie universitaire

Parmi les premières étapes permettant aux nouveaux étudiants de mieux comprendre leur nouvel environnement figurent les journées d’intégration organisées par les établissements universitaires. Yassine Slama insiste sur leur importance, estimant qu’elles ne doivent surtout pas être considérées comme de simples cérémonies d’accueil.

Ces journées permettent aux nouveaux bacheliers de découvrir leur institution, les responsables administratifs, les enseignants, les différents départements ainsi que les services mis à leur disposition. Elles constituent également une première occasion de comprendre le fonctionnement de l’établissement et d’identifier les structures susceptibles d’accompagner l’étudiant durant son parcours.

Le spécialiste en gestion des ressources humaines appelle ainsi les nouveaux étudiants à participer activement à ces journées, à poser des questions et à découvrir les différents dispositifs d’accompagnement disponibles. Selon lui, cette démarche proactive peut faciliter considérablement l’adaptation à l’environnement universitaire et permettre à l’étudiant de gagner rapidement en autonomie.

Santé et accompagnement psychologique : « Demander de l’aide n’est pas un signe de faiblesse »

La réussite universitaire ne repose pas uniquement sur les résultats académiques. C’est également l’un des messages forts défendus par Yassine Slama, qui insiste sur l’importance des services de santé et d’accompagnement psychologique disponibles dans les établissements universitaires.

La médecine préventive, explique-t-il, constitue un dispositif essentiel dans l’accompagnement des étudiants. Elle permet notamment de bénéficier d’un suivi, de conseils en matière de santé et d’actions de prévention. Pour Yassine Slama, il est essentiel que les étudiants comprennent que leur santé fait partie intégrante des conditions de leur réussite et qu’ils n’ont pas à attendre l’apparition d’un problème pour découvrir les services qui leur sont destinés.

Le même raisonnement s’applique à l’accompagnement psychologique. Le passage à l’université peut être synonyme de stress pour certains jeunes : éloignement de la famille, changement de ville, nouvelles responsabilités, difficultés d’adaptation, pression des examens ou encore incertitudes concernant l’avenir peuvent peser sur leur équilibre.

Prenant l’exemple de l’Université de la Manouba, Yassine Slama rappelle l’existence d’un service psychologique destiné à être à l’écoute des étudiants. Il insiste surtout sur la nécessité de lever les tabous autour de l’accompagnement psychologique. Recourir à un psychologue ou solliciter une cellule d’écoute ne doit pas être perçu comme une faiblesse, mais au contraire comme une démarche responsable permettant à l’étudiant de reconnaître une difficulté et de rechercher l’accompagnement nécessaire.

À l’ESC Tunis, précise-t-il également, une cellule d’écoute a été mise en place afin d’offrir aux étudiants un espace d’écoute, d’orientation et d’accompagnement face aux difficultés qu’ils peuvent rencontrer durant leur parcours universitaire.

Les clubs universitaires : une « école de la vie » pour développer les compétences

Autre levier essentiel de l’intégration : les clubs universitaires. Pour Yassine Slama, leur rôle dépasse largement celui d’une simple activité extrascolaire. Ils constituent une véritable « école de la vie universitaire » et permettent aux étudiants de développer des compétences que les enseignements traditionnels ne permettent pas toujours de travailler suffisamment.

Communication, travail d’équipe, leadership, organisation d’événements, prise de parole en public, créativité ou encore gestion de projets : les clubs offrent aux étudiants l’occasion de mettre en pratique des compétences particulièrement recherchées dans le monde professionnel.

Cette dimension est d’autant plus importante que les entreprises ne recherchent plus uniquement des diplômés disposant de connaissances académiques. Elles recherchent également des profils capables de communiquer, de travailler en équipe, de prendre des initiatives, de s’adapter et de conduire des projets.

C’est dans ce contexte que Yassine Slama accorde une importance particulière aux « soft skills ». Selon lui, ces compétences comportementales sont aujourd’hui « d’une importance primordiale pour l’insertion professionnelle ». La construction d’un profil professionnel commence donc bien avant l’obtention du diplôme et passe notamment par les expériences accumulées au sein de la vie universitaire.

Sortir du modèle « cours-maison » pour construire un véritable profil professionnel

Pour Yassine Slama, assister aux cours demeure évidemment indispensable. Mais cela ne suffit plus pour construire un parcours universitaire complet. L’étudiant doit également participer à la vie de son établissement, intégrer des clubs, prendre part à des projets, participer à des événements et saisir les différentes opportunités qui lui sont proposées.

Un étudiant qui organise une activité, participe à un projet collectif, prend la parole lors d’un événement ou suit une formation développe progressivement un ensemble de compétences et d’expériences qui contribuent à la construction de son profil.

Cette approche rejoint directement les exigences du marché de l’emploi. Dans un environnement professionnel de plus en plus compétitif, le diplôme demeure une base importante, mais il doit être complété par des compétences, des expériences et une capacité à démontrer concrètement ce que l’on sait faire.

Pour Yassine Slama, l’enjeu consiste donc à faire de la période universitaire un véritable parcours de construction personnelle et professionnelle, plutôt qu’une simple succession de cours et d’examens.

Conférences et manifestations scientifiques : découvrir la connaissance autrement

Le spécialiste recommande également aux nouveaux étudiants de participer aux conférences, colloques, séminaires, journées scientifiques et ateliers organisés par leurs établissements et leurs départements, même lorsqu’ils ne maîtrisent pas encore les sujets abordés.

Pour lui, « mettre la main dans la pâte » dès les premières années permet de construire progressivement la personnalité et la curiosité intellectuelle de l’étudiant. L’université ne doit pas seulement être considérée comme un lieu où l’on reçoit des connaissances, mais également comme un espace « où la connaissance se produit, se discute et se partage ».

La participation à ces manifestations offre aux étudiants la possibilité de rencontrer des enseignants, des chercheurs et des professionnels, mais aussi d’apprendre à poser des questions et à développer leur curiosité. Elle peut même contribuer, à terme, à orienter leurs choix académiques, notamment entre un master professionnel et un master de recherche.

À l’ESC Tunis, Yassine Slama cite notamment l’exemple du Job Fair, dont l’organisation repose largement sur l’implication des étudiants à travers les clubs. Une expérience qui illustre, selon lui, la manière dont les étudiants peuvent devenir eux-mêmes acteurs de la vie de leur institution.

Le Centre 4C : préparer l’employabilité dès la première année

En tant que directeur du Centre 4C de l’ESC Tunis, Yassine Slama accorde également une place centrale à cet outil dans le parcours des étudiants. Le Centre 4C est présenté comme un dispositif dédié à la carrière et à la certification des compétences, dont la mission principale consiste à accompagner les étudiants dans leur employabilité et leur préparation à l’insertion professionnelle.

Selon les programmes proposés par les établissements, ces centres peuvent notamment offrir des formations et des ateliers consacrés à la rédaction du CV, à la préparation aux entretiens d’embauche, aux langues, aux compétences numériques, aux logiciels, à l’intelligence artificielle, à l’entrepreneuriat ainsi qu’aux soft skills.

Pour Yassine Slama, il serait toutefois erroné d’attendre les derniers mois avant l’obtention du diplôme pour s’intéresser à son employabilité. Celle-ci « se construit progressivement tout au long du cursus universitaire dès la première année ».

L’objectif est ainsi de permettre au jeune diplômé de ne pas arriver sur le marché du travail avec son seul diplôme universitaire, mais avec un portefeuille plus large comprenant des compétences, des expériences et, lorsque cela est possible, des certifications complémentaires.

Foyers universitaires : transformer l’hébergement en véritable espace de vie

La réussite de l’intégration concerne également les étudiants qui vivent dans les foyers universitaires. Yassine Slama appelle ces étudiants à ne pas considérer le foyer comme un simple lieu d’hébergement.

Il salue à ce titre les efforts déployés par les offices des œuvres universitaires dans l’animation des foyers et des restaurants universitaires et rappelle que différentes activités culturelles, sportives, sociales et de loisirs peuvent être proposées aux résidents.

Participer à ces activités permet non seulement de mieux vivre cette nouvelle période, mais également de créer des liens, de développer un réseau social et de faciliter l’intégration dans un nouvel environnement. Pour un étudiant qui quitte pour la première fois sa famille et parfois sa ville d’origine, cette dimension humaine peut jouer un rôle considérable dans la réussite de son adaptation.

« Devenir acteur de son information » : le conseil clé de Yassine Slama

L’un des obstacles à l’intégration universitaire réside parfois moins dans l’absence d’opportunités que dans la méconnaissance de celles-ci. De nombreux étudiants ignorent encore les services, formations, clubs, événements et dispositifs auxquels ils peuvent accéder.

Face à cette situation, Yassine Slama invite les nouveaux bacheliers à « devenir eux-mêmes acteurs de leur information ». Il leur recommande de consulter régulièrement les plateformes et pages officielles de leurs établissements, de suivre les annonces des départements ainsi que les pages des Centres 4C, des clubs, des structures universitaires et des œuvres universitaires.

Mais au-delà des outils numériques, il insiste sur un réflexe fondamental : oser poser des questions. Un étudiant nouvellement arrivé ne doit pas hésiter à demander où se trouve un service, comment bénéficier d’une formation ou comment participer à une activité. Pour Yassine Slama, la curiosité et l’initiative peuvent ouvrir des portes déterminantes.

« Un étudiant qui pose une question aujourd’hui peut découvrir une opportunité qui changera complètement son parcours de demain », résume-t-il.

« La réussite universitaire ne se mesure pas uniquement par les notes ou les diplômes »

Au terme de son intervention sur RTCI, Yassine Slama a adressé un message clair aux nouveaux bacheliers : profiter pleinement de cette nouvelle étape de leur vie tout en restant assidus aux cours. Il les invite à participer aux journées d’intégration, à découvrir les services de médecine préventive, les psychologues et les cellules d’écoute, à rejoindre les clubs, à assister aux conférences et manifestations scientifiques, à découvrir les activités des Centres 4C et à s’intéresser aux activités culturelles, sportives et sociales proposées par les œuvres universitaires.

Mais derrière ces conseils pratiques se dessine une conception plus large de la réussite universitaire. Pour Yassine Slama, celle-ci ne peut être réduite aux notes obtenues ou au diplôme décroché à la fin du cursus. Elle se construit également à travers les compétences développées, les expériences accumulées, les rencontres effectuées et les initiatives prises par l’étudiant.

L’université apparaît ainsi comme un véritable laboratoire de construction personnelle et professionnelle. Un espace où le jeune apprend non seulement à maîtriser des connaissances, mais aussi à devenir autonome, responsable, curieux et capable de prendre des initiatives.

C’est finalement cette vision que Yassine Slama, Docteur en Sciences de Gestion, maître assistant à l’ESC Tunis, spécialiste en gestion des ressources humaines et directeur du Centre 4C, souhaite transmettre aux nouveaux étudiants : entrer à l’université, ce n’est pas simplement commencer un nouveau cycle d’études. C’est entamer une nouvelle étape de la construction de soi, de son profil professionnel et de son avenir.

À l’heure où des milliers de jeunes bacheliers s’apprêtent à franchir les portes de l’université, le message de Yassine Slama peut se résumer en quelques mots : assister aux cours, certes, mais surtout découvrir, participer, questionner, expérimenter et prendre des initiatives. Car l’université, au-delà des amphithéâtres et des diplômes, constitue aussi un espace où se construisent les compétences, les expériences et les citoyens de demain.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page